Un autre regard sur le Laos

Quand je suis arrivé au Laos, je suis venu avec mon regard d’occidental, mon regard de français, d’homme aussi, de trentenaire mal rasé. Je suis  venu avec ma curiosité, ma sensibilité de pseudo sociologue, mes appétences à l’humanisme, mon envie de découvrir le monde et de le comprendre

Tous ces facteurs m’ont donné un regard sur les choses et soyons honnête, loin d’être aussi réaliste que ce que j’aimerais. C’est pourquoi, dans cet article, je vais essayer de scinder en deux mes propos… De ce que j’ai vu, d’une part, et de ce que j’ai appris à posteriori, d’autre part. Ça donnera une vision double, plus juste, un “regard” sur les choses. On a 2 yeux … 2 et certainement pour une bonne raison.

 De manière générale et dans une approche distante les laotiens semblent souriants, paisibles, polis, pas plus doués que moi en anglais ce qui est très arrangeant au final car on se comprends vite.

Plutôt aidant avec les touristes, quand ils voient en vous une once d’hésitation, ils feront ce qu’ils pourront pour vous aider. Ce qui est drôle, c’est qu’ils ne perdront jamais la face (E.Goffman si tu nous entends).


Mais c’est une sorte de choc culturel que de quitter la France pour arriver directement au Laos. La vie semble aller au rythme de nos dimanches, dans la sérénité et le calme.
On peut faire plein de théorie sur le pourquoi du comment… On peut supposer l’importance du bouddhisme et/ou de l’animisme, on peut aussi imaginer que le communisme joue son rôle avec la scolarisation des enfants dans les valeurs transmises, complétées  par celles des familles… Mais nous, les voyageurs, quand on débarque dans ce pays, ça nous remet en question très rapidement. Même à posteriori ça parait très difficile de trouver des réponses à toutes ces hypothèses, car il n’y a pas d’études, pas ou peu d’analyses sur ces phénomènes sociaux mais prenons quelques points d’approche.

Et si on essayait de parler … de la place des femmes au Laos ? d’éducation ? de la famille ? de nourriture ? des transports laotiens ? de la place de la nature ?

Commençons par une approche sociale du Laos


Et si on parlait de la place des femmes au Laos ?

Il y a une forte présence des femmes dans toutes les sphères “visibles” de la société. Beaucoup de petits commerces sont gérés par des femmes, notamment dans les bazars, les marchés et les stands de street food. De nombreuses femmes ont des enfants en bas âge (explosion de la démographie). On voit très peu de femmes du 3 ème âge et très peu de personnes âgées en général) au Laos.

 

Ce que j’ai appris/découvert par la suite¹ :

*La Constitution a été promulguée (seulement) en 1991 et amendée en 2003 garantissant l’égalité des femmes et des hommes au Laos.
* Il y a 22 % de femmes  qui siègent à l’assemblée nationale.
* Une loi de 2004 aide à lutter contre la traite et la violence faites aux femmes mais la violence conjugale, le viol conjugal n’est pas un délit au Laos.
* 40 % des femmes sont analphabètes et la pauvreté est si largement répandue qu’elle conduit de nombreuses femmes, faute d’autres ressources, à cultiver le pavot.
* Légalement, concernant l’héritage, elles héritent souvent des biens, mais non des terres qui sont réservées aux hommes.
* Il est impossible pour elles de fumer des cigarettes sans quoi elles seraient  vues comme mal élevées ou pire associées a des prostituées. 


Et si on parlait d’éducation au Laos ?

Ce que j’ai vu  :

Vu le nombre d’enfants croisés sur nos chemins, on se pose forcément la question de l’école et de l’éducation qui de toute façon finissent par te sauter au visage car on ne peut pas les rater. Déjà par les (ultra)sons que font les enfants un peu partout quand ils sont à la récré ou quand ils récitent tous en cœur leurs leçons ou par la taille des écoles qui disposent toutes d’au moins l’équivalent d’un stade de sport… Très étalées, très ouvertes, on y trouve facilement des poules, des chiens semi-domestiqués (un concept sur lequel on reviendra), et parfois même des ânes ou des animaux qui broutent. Il y a vraiment beaucoup d’espace réservé aux écoles, que ce soit en ville ou dans les campagnes. Elles paraissent généralement assez sommaires.

Il y a aussi les uniformes qu’il suffit de suivre pour tomber sur un attroupement d’enfants qui paraissent tous sages (l’habit fait un peu le moine quand même, surtout chez les bouddhistes ;). Bref, on voit un dynamisme autour de ces lieux d’apprentissages.

Petite parenthèse parce que j’aime bien me titiller l’esprit, mais dans un pays communiste comme le Laos, ça ne semble pas si étonnant que l’école joue un rôle important, surtout dans l’éducation des enfants.

 

Ce que j’ai appris/découvert par la suite² :

*L’école au Laos est publique, gratuite et obligatoire (depuis 1996) jusqu’à la fin du primaire et d’ailleurs relativement peu d’élèves continuent l’école après le primaire : au mieux 30% des élèves.

*Une étude de 2012 indique que la moitié des écoles laotiennes a le toit qui fuit lorsqu’il pleut et seule la moitié a un approvisionnement en eau,  20 % ont l’électricité et moins de 50% ont des toilettes.
Pourtant c’est 12.2% du budget de l’état qui sont consacrés à l’enseignement.

Le salaire moyen des professeurs est faible (environ 35€ par mois pour le primaire).

En 2011 on recensait  27 % d’analphabètes dans la population totale du Laos ce qui la place à la 128 ème place au niveau mondiale.


 

Et si on parlait de famille au Laos ?

Ce que j’ai vu  :

De ce que j’ai vu, les familles vivent sous le même toit sur plusieurs générations, elles semblent assez sédentaires, plutôt traditionnelles et ont toutes ou presque des enfants en bas âges. C’est impressionnant le nombre d’enfants que l’on voit en traversant le Laos (33.4 % de la population à moins de 14 ans au dernier recensement 2015).

Plutôt rurales, on voit très peu de personnes âgées dans les rues, on croise parfois leur regard en passant devant des maisons entrouvertes, souvent assises sur un canapé, un ventilateur dirigé vers elles, devant la télévision. (une question que je me suis posé, est-ce que la télé est adaptée à son public, au Laos ?)

Dû à l’absence de système de retraite, il semblerait que les parents restent souvent chez leurs enfants, faute de pouvoir payer autre chose, mais aussi par respect parental.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*C’est assez difficile d’avoir des données sociales sur un pays comme le Laos, car peu d’études et de transparence et  peut être aussi parce que je ne lis pas le Laotien. ^^

*En 1 journée, au Laos , il y a (environ) 322 naissances et 88 décès.

*Il y a un réel respect des aïeux  qui sont considérés comme la sagesse, l’autorité et la connaissance.


Et si on parlait de la nourriture au Laos ?

 

Ce que j’ai vu  :

On ne peut pas imaginer le nombre de fois dans un voyage où notre activité est de chercher de quoi manger… Et quand on vient de loin, on a toujours en tête l’idée qu’un voyage doit s’accompagner d’une santé qui tient la route, donc trouver de quoi se sustenter mais sans devoir rester coller aux  toilettes.

Donc, qu’on se le dise, les Laotiens aiment le piment, enfin quand je dis « LE » piment, je devrais plutôt dire « LES » piments, car il y en a de toutes les couleurs, de toutes les tailles et pour toutes les gammes de brûlure de langue et d’estomac.

En dehors de ce détail (important), les laotiens ont un réel panel de mets culinaires, parfois traditionnels (le lap ,la salade de papaye verte et bien d’autres mais bon, on est pas là pour saliver) et parfois issus de métissages comme le sandwich laotien. Bref, tout ça, généralement accompagné du fameux sticky rice, qui nous aide à renouer avec le plaisir de manger avec ses doigts… C’est aussi ça le voyage, la découverte par les papilles, par les sens et par le goût des bonnes choses.
On mange bien au Laos, et même si on ne sait pas toujours ce qu’on a dans la bouche, chaque bouchée nous plonge un peu plus dans la culture laotienne. Comptez cela dans les plaisirs quotidiens du voyage dans ce pays.

Un point qui mérite d’être souligné, c’est l’heure des repas, car, habitué à une culture occidentale, on oublie très souvent que les rythmes des repas sont aussi culturels. Généralement, on trouve tout le monde dans les rues et les restaurant entre 10h30 et 13h pour le repas de midi et plutôt 17-19h le soir… Manger laotien vers 22h devient alors un défi.

 

Ce que j’ai appris/découvert par la suite³ :

*Il y a une utilisation variée de plantes aromatiques dans la cuisine laotienne. Pas moins de 120 variétés venant de la pharmacopée traditionnelle.

*Le Lap est considéré comme le plat national laotien, il signifie “richesse” et le cuisinier apporte richesse à la famille et aux convives qui le partage.


Et si on parlait des transports au Laos ?

Ce que j’ai vu  :

Là on touche à un sujet sensible ! Oubliez tout ce que vous connaissez, ici avoir un scooter est à la mode et les écoles de cirque n’ont qu’à bien se tenir, on tient facilement à 4 dessus. 50 kilomètres de bus peut te prendre 3 heures, les trains n’existent pas (13 kilomètres dans tout le pays), la route est aussi un trottoir et quand il y a des trottoirs, ça sert aussi de route pour les 2 roues.

Bref, sur ce point, c’est compliqué car le pays se développe sur quelques routes principales et le réseau routier s’en fait ressentir. Ajoutant à cela des pluies de moussons, des camions qui méritent d’être dans des musées… On touche du doigt l’aventure suprême. Et pourtant les laotiens conduisent plutôt bien.  Au Laos par exemple, les klaxons servent surtout à annoncer qu’on arrive dans un virage, le long d’un ravin de 200 mètres sur une route de campagne la nuit et les bus sont pratiques pour bouger dans tout le pays. Pour compléter cela la location de scooter, de motos, et de vélos est un bon moyen de découvrir un lieu.

Sinon, je crois que les avions jouent aussi leur rôle dans les migrations internes au pays et les bateaux permettent beaucoup d’activités autour du Mékong.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite³ :

*Jusqu’en 2009, le Laos était le seul pays d’Asie du sud-est ne possédant aucun réseau ferroviaire. Il existe désormais une  ligne de quelques kilomètres qui relie Vientiane à sa voisine thaïlandaise. 

*Le confort et la ponctualité des autocars sont variables selon trois différentes classe : La classe VIP, la seconde classe et la troisième classe.

*La circulation relativement lente dans la majorité des villes et sur la plupart des grandes routes font probablement du Laos le pays qui se prête le mieux au vélo en Asie du Sud-Est.


Et si on parlait de « nature » au Laos ?

Ce que j’ai vu  :

La nature au Laos est indéniable, immanquable, inévitable et plein d’autres mots en “in” qui lui donne une place prépondérante. En réalité, quand on bouge au Laos, on se sent “petit”, on redevient des humains dans l’immensité de la biodiversité, entre fragilité et émerveillement.

Il y a de nombreuses activités touristiques qui tournent autour des beautés naturelles accessibles (falls, lagoons, caves, etc.), il y a aussi beaucoup de parcs régionaux ou nationaux, et il suffit de faire quelques kilomètres en dehors des espaces urbains pour se retrouver en plein milieu d’une forêt tropicale dense et vivante. C’est un point qui donne une autre dimension au Laos, sa biodiversité et sa richesse “verte”.

Les laotiens semblent d’ailleurs assez respectueux au quotidien de cette nature omniprésente et luxuriante, en tout cas, ils ont l’air d’avoir appris à vivre avec sans trop chercher à la dompter. 

Et pour ceux qui aiment le dépaysement lié à la faune et à la flore, traverser le Laos est une vraie expérience car les paysages sont changeants et même sans accès à l’océan, il y a une diversité très marquée au sein du territoire. #Bigup pour la nature au Laos.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Le Laos serait le pays où l’écosystème serait le moins dégradé des pays d’Asie du Sud-Est mais si les forêts (dont des forêts primaires) occupaient 70 % du territoire du Laos en 1940, le chiffre est aujourd’hui tombé autour des 40 %.

*Le Laos compte aujourd’hui environ 115 espèces d’amphibiens et 200 espèces de reptiles décrites et la faible densité de population fait de ce pays un refuge pour de nombreux animaux menacés. Mais malgré tout, il y a très peu de données sur la biodiversité au Laos et beaucoup d’espèces restent à découvrir.

*Comme partout, la surexploitation non contrôlée des espaces naturels mettent en péril l’écosystème du pays, notamment sous l’impulsion économique de ses voisins et sur des projets pharaoniques comme des barrages hydroélectriques, ou la mise en place de nouvelles voies de circulations (autoroutes, voies ferrées) traversant l’Asie.

Affaire à suivre …


¹– *Fabrice Mignot, Histoires de femmes et décalages culturels au Laos, L’Harmattan, 2006 – *http://genre.francophonie.org/spip.php?article234– *http://www.toutpourlesfemmes.com/conseil/Femmes-du Laos.html                                                                *http://clairel3fle.wordpress.com/2013/03/08/journee-internationale-des-droits-de-la-femme/                                                                                                                                                                         *http://www.oxfam.org/fr/development/laos/meilleur-avenir-femmes-laotiennes

²_https://www.intothewheel.com/2015/03/lecole-au laos/https://fr.wikipedia.org/wiki/Laos#%C3%89ducation

³_https://www.routard.com  ; https://www.lonelyplanet.fr

 

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.