Un autre regard sur le Cambodge

Qu’est-ce qu’on imagine du Cambodge avant d’y poser les pieds ?
Pour ceux qui ont quelques souvenirs des cours d’histoire et ceux qui ont des notions en géopolitique, il y a l’idée des Khmers Rouges qui résonne et le nom de Pol Pot qui revient (parce que c’est un nom assez funky et facile à retenir) mais sinon, c’est une sorte de flou absolu. Pour moi, même citer le nom de la capitale du Cambodge était très difficile avant le voyage (pour ceux que ça peut aider, c’est Phnom Penh).

En partant du constat que ce n’est pas si simple d’avoir une idée sur le Cambodge, nous allons essayer d’approcher avec un “autre regard” le pays et voir ce que cela pourrait donner. Le regard sera partiellement subjectif, mais accompagné par des recherches plus poussées, histoire de ne pas seulement dire des conneries.

Nous allons donc essayer de parler … De la place des femmes au Cambodge, d’éducation, de structure familiale, de nourriture, des transports et de nature.


Et si on parlait de la place des femmes au Cambodge ?

Ce que j’ai vu  :

Difficiles de dire “femmes” au Cambodge car les cambodgien(e)s sont généralement très jeunes (70-80% population ont moins de 35 ans) donc on y rencontre plus souvent des enfants et des adolescents. Pourtant, il faut bien admettre que cette jeunesse vienne de quelque part et une des premières pistes de réflexion, c’est que beaucoup de femmes deviennent mères très jeunes.

Il semblerait que les femmes soient liées à des emplois de fonction comme : l’entretien (en tout genre : linge, gestion des déchets) et tout ce qui touche à la nourriture (vente directe de produits ou en cuisine). Est-ce un vestige du passé ou plutôt une limite dans l’ascension sociale et l’égalité des sexes ? Je vous laisse deviner.

Chose notable que l’on découvre et qui peut surprendre, ce sont les coiffures de certaines dames âgées qui ont le crâne rasé (il est assez rare de croiser des personnes âgées et quand c’est le cas, c’est qu’elles ont survécu aux Khmers Rouges.). Le bouddhisme féminin existe et c’est souvent chez les femmes d’un certain âge qu’il est remarquable au Cambodge.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Il existe un “code de conduite” qui explique ce que la société cambodgienne attend d’une femme qui s’appelle le Chbab Srey et qui était instruit officiellement dans les écoles jusqu’en 2007.
Aujourd’hui, la diffusion de ces valeurs conservatrices et très patriarcales continuent de se transmettre par l’éducation ce qui contribue tristement aux violences domestiques endémiques du pays. Voici un petit extrait de ce qu’on apprend aux femmes du Cambodge dès le plus jeune âge : “les hommes sont des pierres précieuses et les femmes du lin blanc”… Je vous laisse imaginer l’impact sociétal que cela peut avoir à terme.

*Dans l’industrie textile cambodgienne, 80 % de la main d’œuvre qui est “exploitée” sont des femmes, les conditions de travail sont dans la catégorie “largement aberrante” avec 10h/jrs dans des usines où la température frôle les 40 C° à respirer des produits toxiques et courir derrière des quotas horaire (parfois 170 vêtements/heure). Ces quotas trop gourmands font souvent disparaître les 2 pauses journalières légales, ce qui contribue à la malnutrition et la déshydratation de beaucoup de travailleuses. Il y a régulièrement des phénomènes d’évanouissement de masse dans les usines et tous ces efforts pour un salaire de 182 dollars/mois. Pensons-y quand on ira chez Zara ou H&M.

*En 2012, 70 % des femmes actives occupaient des emplois précaires contre 59 % des hommes.

*La pratique du sport est très limitée pour les cambodgiennes et représente 25% des sportifs de haut niveaux dans le pays et 10% dans l’encadrement sportif.

* Beaucoup de jeunes femmes venant du monde rural sont envoyées en ville pour aider à subvenir aux besoins de leur famille avec comme opportunité le travail dans les usines textiles et la prostitution. Aujourd’hui nombreuses de ces femmes seraient séropositives (rapport ONU 2009) et ⅓ d’entre elles seraient mineures.

*Selon un rapport de l’ONU qui fait suite à une enquête en 2013 : 96,2 % des hommes et 98,5 % des femmes au Cambodge considéraient qu’une femme doit l’obéissance à son mari, alors que 67 % des femmes considéraient être en devoir de tolérer la violence de l’homme sur la femme pour préserver l’ordre familial.


Et si on parlait d’éducation au Cambodge ?

Ce que j’ai vu  :

Au Cambodge, comme on vient de le souligner, il y a énormément d’enfants (Pour information : 30 % de la population aurait moins de 14 ans en 2017), donc ça vit, ça grouille et ça chahute !

Ce qui est assez surprenant quand on passe à côté des écoles publiques cambodgiennes, c’est la sensation de liberté qu’il existe pour les enfants. Alors est-ce un choix pédagogique ou l’impossibilité de gérer tous les enfants ? Les écoles sont souvent immenses et très ouvertes, malgré le côté modeste et visible des structures, et il n’est pas rare de voir des vendeurs de sucreries de glaces ou de riz directement dans la cours d’école (pas de cantine).

Mais un truc fascinant, c’est de ne pas savoir si les enfants sont en récréation ou s’ils sont en cours. Les portes des salles de classe sont ouvertes et les enfants vont et viennent et il y a autant d’écoliers dedans que dehors (dans le système publiques).

Rappelons que l’éducation au Cambodge est (encore) en pleine (r)évolution, car pendant longtemps, c’était le pouvoir religieux qui apprenait aux jeunes garçons (seulement) les rudiments de lecture, d’écriture et de calculs.

Puis avec le régime des Khmers rouges les écoles sont fermées (et parfois transformées en camps de torture, comme le fameux musée S-21) et les enseignants (ou même ceux qui portaient simplement des lunettes) sont généralement exécutés (le Kampuchéa démocratique).

Au début des années 80, en plus de la misère politique et économique du pays, il ne reste presque plus d’enseignants dans le pays et pour parer au manque d’effectif, le simple fait de savoir lire ou écrire permettait d’enseigner (pas très regardant sur le contenu et la pédagogie). À cela s’ajoute le baby-boom des survivants. En 1993, le pays passe sous la tutelle Onusienne pour palier à la reconstruction d’un programme d’éducation des enfants du Cambodge. En 2015, le taux d’alphabétisation est passé à 77 % de la population (91 % chez les jeunes de 15-25 ans) alors qu’il était proche des 60 % en 1990.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

* En 2012, seuls 64 % des enfants terminaient le parcours de l’école primaire. C’est souvent les enfants des régions rurales les plus reculées qui sont les plus touchés. Parfois, les familles démunies préfèrent garder les enfants à la maison pour travailler dans les champs ou leur faire faire les tâches domestiques.

*80 % des enseignants ont trouvé la mort au cours de la période du Kampuchéa démocratique (entre 1975-1979) :

*En 2012, les salaires étaient seulement de 60 $ par mois pour les professeurs du primaire, de 80 $ par mois pour ceux du secondaire. La situation devrait changer pour normalement atteindre les 250 $ par mois pour 2020 afin d’éviter que les professeurs jonglent avec plusieurs emplois et limiter les problèmes de corruption.

* En quatorze ans (2000-2014), le nombre d’élèves scolarisés a été multiplié par 2,4, celui du nombre d’enseignants par 2. Par ailleurs, plus de quatre cents établissements ont été construits en quatre ans.

* Malgré cela en 2010, le pourcentage de dépenses en matière d’éducation, relativement au PIB, place le Cambodge en 152e position sur 173 pays classés.


Et si on parlait de famille au Cambodge ?

Ce que j’ai vu  :

La structure familiale au Cambodge suit le changement profond (et rapide) de sa société. Mais pour le moment, il semblerait que la véritable référence de vie sociale dans le pays soit toujours tournée autour de la famille.

Souvent nombreuse, elle se constitue de plusieurs générations partageant le même toit. Le système de retraite et les institutions pour les personnes âgées n’étant pas la norme, les grands-parents partagent la vie de leurs enfants et de leurs petits enfants en y étant très respectés et utiles pour l’éducation des plus jeunes.

Il y a également un fort pouvoir patriarcal et les femmes semblent être à la charge des tâches domestiques sans pouvoir accéder à une totale ou quelconque émancipation. Mais ce n’est peut-être le résultat que d’une simple observation.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Il n’est pas rare pendant les repas de voir les hommes d’un côté de la table et les femmes et les enfants de l’autre, voir parfois, manger à des moments différents de la journée.

*En l’absence de système abouti d’assurance et de protection sociale, beaucoup de personne âgées doivent travailler jusqu’à être dans l’impossibilité de se mouvoir (54,5 % des + de 65 ans en 2008 travaillaient toujours, sachant que l’espérance de vie en 2016 est de 69 ans, ça fait réfléchir.)

*L’impact démographique du passage des Khmers rouges a une influence importante sur le faible pourcentage de personnes âgées au Cambodge. En 2018, les personnes de plus de 65 ans ne représentaient que 4 % de la population et il n’y aurait qu’environ 80 000 personnes de 80 ans et + dans tout le pays.


Et si on parlait de la nourriture du Cambodge ?

Manger est toujours un acte plein de sens et la nourriture cambodgienne ouvre un vaste champs de découvertes. Métissée et adaptée, elle est au croisement des influences historiques du pays. On y retrouve des touches vietnamiennes, thaïlandaises, ou même chinoise et il n’est pas rare de tomber sur des restaurants qui proposent des plats français (traces modernes de la colonisation ?).

Ce que j’ai vu  :

Il y a une énorme consommation de poissons d’eau douce en tous genres (possibilité de pêche grâce au Mékong et du lac Tonlé Sap qui est tout de même, le plus grand lac d’Asie du sud est, il a de la matière).

Rien de surprenant quant à l’utilisation du riz comme aliment quotidien dans toutes les régions du Cambodge, jusque-là ça reste cohérent.

La soupe joue un rôle important dans les plats traditionnels, souvent une soupe de poisson servie ou mélangée avec du riz.

On trouve également de nombreux fruits tel que les mangues, papayes, fruits du dragon, et autres durians qui font toujours grimacer les non-pratiquants.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Les Cambodgiens se saluent en disant « Nyam bai howie nov ? » (« Avez-vous déjà mangé du riz ? »), ça donne un peu la notion de l’importance du riz dans le pays.

* Pour donner du goût à de nombreux plats cambodgiens, il est souvent utilisé le Prahok, qui est une pâte de poisson fermentée piquante, et qui est très particulier pour ceux qui la découvre.

*Certains plats comme le amok sont cuisinés et cuits directement dans des feuilles de bananiers. Esthétique et durable. 😉

*On trouve assez facilement des insectes à manger dans les échoppes (des larves, des grillons, jusqu’aux fourmis) et parfois des cuisses de grenouilles (un autre héritage français possiblement).


Et si on parlait des transports au Cambodge ?

Ce que j’ai vu  :

Rien ne sert de chercher à comprendre, les transports cambodgiens ont leur propre fonctionnement, leurs propres règles et le mieux que l’on puisse faire, c’est de s’y adapter.
Il n’est pas rare que les trottoirs soient inexistants ou utilisés comme routes secondaires pour les motos coincées dans les embouteillages. Il n’est pas rare non plus de voir des personnes roulant à contresens parce qu’elles considèrent que c’est plus facile de l’autre côté.

Presque tous les transports se font par le biais de la route, que ce soit en bus, en voiture, à moto ou à vélo (plutôt rare), on apprend à partager l’espace.
Pour vivre intensément les choses et se sentir heureux d’être vivant, il suffit de traverser un carrefour à Phnom Penh, ça redonne des couleurs à la vie et développe l’instinct de survie.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Le Cambodge est l’un des rares pays d’Asie où il n’existe aucun réseau de bus urbain, même dans la capitale.

* Il n’existe également aucune autoroute au Cambodge et seulement la moitié de ses routes sont asphaltées.

* Le prix des voitures étant très élevé, les cambodgiens sont de véritables champions pour maximiser les 2 roues (transport de marchandises, être 4 à 5 personnes sur un scooter, etc.)

*Les trains circulent à une vitesse moyenne de 20 km/h et ne transportent quasiment que des marchandises, car le réseau est en piteux état.

*Les trains de bambou sont des draisines motorisées construites à partir de tiges de bambou et propulsées grâce à des moteurs de bateaux utilisés dans les années 70, ils continuent de fonctionner dans l’Ouest du pays et notamment à Battambang.


Et si on parlait de « nature » au Cambodge ?

Ce que j’ai vu  :

Au Cambodge, la nature semble être relativement sauvage et présente (forêt tropicale couvrant les ⅔ du pays). Une très large partie des cambodgiens vivent toujours dans les zones rurales et les tragédies historiques récentes dues au passage des Khmers Rouges ont permis à la nature de ne pas être surexploitée comme dans les pays voisins (Vietnam, Thaïlande). Cependant, le développement économique récent du pays et son besoin en énergie commencent à avoir un impact important sur les zones naturelles.

La présence du plus grand lac d’Asie du Sud (lac Tonlé Sap qui multiplie sa surface par 4 en saison des pluies) permet également à une faune et une flore sauvage de résister et d’être préservée contrairement au Mékong qui par sa surexploitation est très pollué.

La déforestation massive et souvent illégale du Cambodge est aujourd’hui au centre des discussions politiques et sociales dans le pays, car c’est une ressource majeure dans l’avenir du pays.

Ce que j’ai appris/découvert par la suite :

*Le bois couvre plus de 80 % des besoins en énergie ce qui a des conséquences au niveau de la santé de 1,6 millions de personnes qui seraient victimes d´empoisonnements dus aux émanations de fumée (2015).

*Les espèces d’oiseaux d’eau menacées sont presque toutes sédentarisées ou en résidence provisoire pendant la migration sur le sol cambodgien.

*Le symbole du Cambodge est le palmier à sucre, utilisé massivement comme matériau de construction.

*Le Cambodge est le pays d’Asie qui a connu le plus haut taux de déforestation (14,4 %) entre 2001 et 2014. Il a perdu 1,59 million d’hectares de forêts durant cette période.

*Aujourd’hui, il semblerait que 22 % du territoire appartienne à 275 entreprises privées.

*Des ONG et des associations luttent après avoir découvert des méthodes illégales de déforestation pratiquée par le Vietnam au Cambodge.


Voilà de quoi vous faire un avis plus poussé sur le Cambodge à travers quelques thèmes qui me semblent pertinents.
Vous retrouverez ces mêmes thématiques pour la Thaïlande et le Laos dans les articles “un autre regard”.
Et si le Cambodge vous intéresse toujours, vous pouvez aussi regarder par là ==> Le Cambodge en bref.

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