Les chiens en Asie

Chose étrange, mais en occident, on fait une association d’idées un peu stigmatisante et facile sur le mot “Asie” et le mot “Chien”
Déjà, à la base, on a du mal à dissocier les pays d’Asie (si tu penses : “ohhh bah c’est les chinois quoi !! ” c’est déjà limite du racisme ordinaire). Remettons les choses en place. L’Asie représente 47 pays et environ 60 % de la population mondiale. Donc ouvrons nos esprits aiguisés et essayons d’être le plus précis possible, nous parlerons ici de quelques pays d’Asie et notamment d’Asie du Sud-Est (ça n’en fait plus que 11).

(Si tu trouves les 11 sans tricher, écris-les dans les commentaires et : 
1/ je te respecterais jusqu’à la fin de ta vie
2/ je fais une photo inédite juste pour toi d’un truc en Asie (à négocier)) 

Pour en revenir au lien entre les chiens et l’Asie, il est complexe et je suis sûr que certains imaginent un chien dans une assiette, accompagné de riz, et qu’on mangerait avec des baguettes comme on mangerait de la vache ou du mouton ! Ce n’est pas tout à fait ça ! Dans la réalité, ils sont généralement au bord des routes ou cachés sous les voitures pour se protéger du soleil, le plus souvent errants et pas toujours en bonne santé. C’est une réalité qui devient même une sorte de problème sociétal pour certains pays.

Voilà donc un vrai sujet de sociologie, que dire ? Que penser des chiens en Asie ?

Ça fait maintenant des mois que l’on traverse des pays aux nobles noms qui résonnent comme des vacances ensoleillées. Mais au quotidien, il n’y a pas que le soleil et les cocotiers ! (Il y en a quand même rassure toi, je ne suis pas là pour casser tes rêves).
Dans beaucoup de pays d’Asie, les territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux sont partagés entre les humains, la faune et la flore et certains combos sont parfois compliqués.
Les chiens y tiennent souvent un rôle important. D’un côté, ils peuvent être idolâtrés, choyés, considérés comme des membres à part entière et d’un autre, ils sont persécutés, chassés et peuvent être mangés (ce n’est pas si courant mais ça existe, et ça s’appelle de la cynophagie ! On y reviendra).

Les sociétés à double vitesse existent aussi pour le monde animal. Car si d’un côté, nos amis poilus sont chouchoutés et aimés, d’un autre, il existe des millions d’animaux errants qui “survivent” dans le même monde hostile que les humains les plus miséreux. Que ce soit dans les rues ou dans les zones rurales, ils sont parfois poussés par la faim à commettre des actes qui mettent à mal leur cohabitation.

Certains chiens sont chassés ou attrapés pour éviter les problèmes sanitaires et de transmissions de maladies, comme la rage (99% de la transmission mondiale de cette maladie virale passe par les morsures de chiens et 95 % des cas de décès liés à la rage dans le monde sont soit en Afrique, soit en Asie (source OMS). D’autres chiens, encore moins chanceux sont élevés et tués pour leur viande et pour assouvir quelques pratiques culinaires ancestrales en Chine, au Viêtnam, à Taiwan ou en Corée du Sud qui porte le doux nom de cynophagie. Ces pratiques et ces traditions (notamment le festival de Yulin en Chine) sont souvent très médiatisées et décriées par les associations de défense des animaux qui, avec le temps, influencent l’opinion publique et les décisions politiques. 

Chien paisible, allongé sur le carrelage pour rester au frais.

C’est quoi une vie de chien en Asie ?

La relation entre les chiens et les hommes en Asie commence il y a environ 15 000 ans. Il se trouverait même que ce soit en Asie que la domestication des chiens ait débuté. Des sources historiques pencheraient vers la Mongolie et le Népal comme étant les berceaux de la domestication des chiens dans le monde. 
Une vieille relation que l’on retrouve d’ailleurs dans le respect de ces animaux. Les chiens se retrouvent dans certains mythes et dans l’Astrologie chinoise par exemple, où ils représentent l’un des 12 animaux sacrés. 

Si tu es chien (de feux, de terre, d’eau, de bois ou de métal) sache que ton numéro sera le 9, que tu aimes le violet et les orchidées. 😀

Un chien bien chanceux en Asie

Les siècles passants, les animaux sont entrés dans les familles et les relations affectives de beaucoup d’asiatiques. On retrouve facilement des animaux (en Asie du Nord-est) aux looks travaillés qui sont dans des poussettes et qui reçoivent plus d’attention et de cadeaux qu’une bonne partie de l’humanité.
Choyés, adorés et très attachant (et attachés), des millions d’animaux sont devenus des membres à part entière dans la constitution des familles asiatiques urbaines des grandes métropoles (Tokyo, Pekin, Séoul, etc.).
Il y aurait environ 9.5 millions de chiens de compagnie au Japon (population qui aurait doublé en 15 ans) et plus de 110 millions de chiens domestiqués en Chine aujourd’hui. C’est devenu par la même occasion, un véritable marché économique à part entière (surtout urbain) qui gravite autour des canidés, ça va de la teinture pour chien jusqu’à la location de chien à l’heure…
Mais la cohabitation n’est pas toujours si évidente et provoque quelques questionnements sociétales. 


Le chien en Asie :
Un ami trop encombrant ?

Avec un temps de gestation relativement court (58-68 jours), les chiens peuvent facilement se multiplier et déborder les politiques sanitaires misent en place si elles ne sont pas bien encadrées.
S’il est bon d’avoir un ami chez soi qui joue avec les enfants, monte la garde ou accompagne les troupeaux brouter du plastique sauvage des montagnes; il est plus difficile de gérer des groupes de chiens qui se forment dans les rues et qui essaient de protéger un territoire.

Paysage idyllique partagé entre des humains et des chiens

Personnellement, il m’est arrivé de nombreuses fois de devoir changer de trottoir parce que certains aboiements n’étaient pas “totalement friendly”, ou bien même, carrément de changer d’itinéraire après le blocage d’un passage par une meute (on définira ici la notion de meute à partir de 3 chiens pas contents de te voir et prêts à en découdre) :D. 

Bien que la plupart des chiens croisés soient plutôt sympas et ne daignent même pas bouger le museau à ton passage, il faut souligner quand même, que pour pas mal d’endroits en Asie, la cohabitation est devenue un problème réel.
En Thaïlande par exemple où sur les 8 millions de canidés (plus ou moins recensés), 700 000 seraient des chiens errants et 300 000 vivraient rien qu’à Bangkok (le lien est ici )
Pour les maladies, on peut les vacciner. Pour la stérilisation, même si c’est plus compliqué et coûteux pour les autorités, c’est encore possible. Mais sans parler exclusivement des risques sanitaires, (qui sont déjà des enjeux importants), il y a aujourd’hui un problème important de causalité entre les chiens et les accidents liés à la circulation (toi-même, tu sais à quel point le trafic sans les chiens, c’est déjà coton en Asie, alors imagine un chien qui décide de traverser l’autoroute parce qu’il a vu sa bande de potes en train de faire la sieste de l’autre côté).

Chien qui regarde les gens passés, comme une vieille personne assise sur un banc ! :)

Pour moi, c’est après un voyage au Myanmar que l’idée de cet article est devenue vraiment plus claire et a pris tout son sens. Là-bas, le problème est  très complexe à plusieurs niveaux.

(note à toi-même, un sociologue devient foufou et excité quand il trouve un problème sans solutions). 

Dans ce pays où la religion bouddhiste est centrale, où l’on respecte le “vivant” au sens large, il est inconcevable de tuer des animaux juste pour s’en débarrasser, même s’ils deviennent dangereux. Donc l’objectif est d’essayer de les attraper pour les envoyer dans des chenils plus éloignés des grandes villes ou, quand cela est possible, de les vacciner pour limiter les problèmes liés à la rage. La rage qui tue (quand même) près d’un millier de personne tous les ans au Myanmar et qui fait entrer ce pays dans le palmarès des pays avec le plus haut taux de mortalité lié à cette maladie.
Aujourd’hui, les chenils sont remplis, les chiens continuent de se multiplier et il devient très difficile d’endiguer cette surpopulation. Le problème en est arrivé au point où certains moines en sont venus à faire des prières pour apaiser des chiens de rue.

En Inde, c’est le même genre de soucis de sociétés et c’est même devenu un problème politique. Car dans ce grand pays démocratique, les animaux ont des droits (t’inquiète, la vache reste intouchable… Mauvais choix de mots) et il est interdit de tuer ou d’euthanasier des chiens depuis 2001.
Il y aurait une bonne trentaine de millions de chiens errants dans le pays et parfois les relations se tendent. 
Au Kerala par exemple, où des brigades (souvent menées par des opposants politiques locaux en quête de voix démocratiques) font de l’abattage de chien et en exposent les corps pour exprimer le mécontentement dans la gestion du problème. Il existe aussi des tueurs professionnels de chiens et j’ai aussi découvert un truc plutôt choquant : dans certains collèges du pays, ils vont jusqu’à former leurs élèves à achever les animaux avec des pistolet à air comprimé (sinon à part ça la démocratie va bien).

Mais cette haine de certains pour les chiens est difficile à imaginer. Si on retourne le problème, on sait qu’en Inde 20.000 personnes décèdent chaque année suite à la transmission de la rage par des morsures de chiens et que les autorités sanitaires recensent plus de 17 millions de morsures par année dans le pays. On comprend que le problème peut devenir explosif.
Pour vous faire part d’un exemple un peu marquant (passez ce passage si vous êtes sensible), en 2017, dans un village du Nord de l’Inde, 3 enfants sont morts le même jour, ce qui portait le nombre d’enfants tués par des chiens dans ce village à 14 en quelques mois. Les habitants, poussés par la colère ont massacré (pas mal) de chiens errants du village devenant ainsi “hors la loi”.

Évidemment, les chiens ne sont pas des animaux sauvages, ils sont mêmes, généralement bienveillants, mais quand il faut survivre, quand il faut se nourrir, est-ce que ce n’est pas normal de devenir chasseur ?
Avec des chiens qui attaquent des enfants, des adultes qui contre-attaquent et certains autres humains qui font des élevages pour les manger, nous sommes dans une relation que l’on qualifierait de : « plutôt complexe ».

(Oui, c’était ma transition pour parler de la troisième partie, sur la cynophagie). 


Des chiens délicieux en Asie

Quand on tape sur internet “chien en Asie », on tombe très vite sur des articles révoltés sur la consommation de chiens.
Qu’on mette tout de suite les choses au clair : OUI, c’est vrai, il y a des asiatiques qui consomment du chien, mais ils sont très peu nombreux, et la cynophagie n’a pas vocation à être jugée dans cet article. Nous sommes là pour faire un peu de socio. 

Des chiens et des chats en trophées de chasse. La cynophagie, on en parle ?

#momentcultureG : En France, on mangeait du chien jusqu’à la moitié du XIX siècle, et en Allemagne, la dernière boucherie canine a fermé en 1940 quand Hitler y a mis fin.
Avant que des idées passionnées fusent dans tous les sens rappelons aussi qu’en France nous mangeons encore du lapin et du cheval qui sont considérés comme des animaux domestiques et de compagnies dans de nombreux pays. La loi française est d’ailleurs ambiguë sur ce point.

Le vrai problème de société soulevé sur le festival de Yulin en Chine, ce sont les conditions de vie et d’abattage des animaux qui sont encore très sommaires. Certaines croyances existent autour du fait qu’un animal “torturé” ferait de la  viande plus tendre.
Un des chocs provoqués par ce genre d’événements vient du fait que des milliers d’animaux sont tués en quelque jours (on décompte pas moins de 10 000 chiens et chats consommés lors de l’événement). 
N’oublions pas qu’en France, c’est 1.1 milliard d’animaux tués pour leurs viandes (en excluant la pêche) en 2018 et certaines associations et ONG nous montrent régulièrement que nous sommes pas toujours les plus respectueux dans la vie des animaux d’élevage. Les abattoirs non plus.

On fait une sorte d’anthropomorphisme (attention mot compliqué et pas facile à recaser).
C’est-à-dire que collectivement, nous acceptons le droit de vie ou de mort sur certaines espèces en décidant de leur donner plus ou moins de valeurs.

-Tuer un Panda ou un ours polaire ? Non
mais un (méchant) grizzly, pourquoi pas !
-Tuer des dauphins ? Non
mais des requins pourquoi pas !

Résultat, on fait des groupes. Il y a des animaux sauvages, des animaux domestiques et des animaux de compagnie, les premiers se mangent, les autres non ! L’humain dans tous ses paradoxes.
D’ailleurs pour en revenir à nos moutons (pour eux la loi dit qu’on a le droit de les manger), un pays comme la Corée du sud qui a une tendance cynophagique dans ses pratiques culinaires, a  doucement changé d’orientation sous la pression médiatique (JO Séoul 2018) et la réputation qu’elle veut garder au niveau international. Un phénomène qui peut apparenter à ce qu’on appelle « la norme du colon » ? Une sorte de normalisation de nos modes alimentaires où l’on préfère ne choquer personne ?

Est-ce que nous sommes sur un chemin où l’on ne mangera que quelques aliments globalement tolérés ? Ou est-ce que l’on accepte d’éviter les raccourcis trop hâtifs sur les comportements culturels et anthropologiques
Doit-on commencer à juger des tribus de certaines forêts (qui elles, respectent la nature), mais qui mangent des singes depuis toujours ? Juge-t-on l’idée qu’une prière puisse rendre l’égorgement d’un animal moins douloureux ? Juge-t-on le fait de jeter des crustacés encore vivants dans l’eau bouillante ?

L’alimentation est une question brûlante concernant notre rapport au monde animal et le végétarisme est plutôt une bonne solution au problème. Mais de la même manière que l’on peut trouver cruel certains actes sur des animaux, il faut avoir un regard plus général et réfléchir activement à des solutions plutôt que de tomber dans le jugement.
L’anthropomorphisme a ses vertus mais surtout ses défauts. Comme pour tous les problèmes liés à l’environnement, apprenons à agir plus vite plutôt qu’à juger trop vite.

Ahaha c’était léger au début, mais là, j’ai bien plombé l’ambiance hein ? Si tu as besoin de penser à autre chose et laisser ton cerveau digérer certaines réalités (gênantes mais passionnantes), tu peux toujours aller voir des photos (magnifiques, extraordinaires, incroyables) de voyages faites par moi-même :p
– La Thaïlande, c’est par ici
– Le Laos ? C’est par
– Le Cambodge existe aussi ==>

11 pensées

  1. Bonjour, merci pour cet article( Dont l’écriture est très agréable soit dit en passant !). Je suis moi-même en voyage en Asie du sud-est, et suis à la limite de la cynophobie depuis très jeune. Cela semble toutefois s’amenuir au fur et à mesure de mon road trip ( l’habitude?). Je croise beaucoup plus de chiens errants ici, au Cambodge, et la plupart me semble être en piteux état de santé. Au nord du Vietnam, j’en ai croisé quelques-un qui tournaient sur une broche et sur les marchés aux bêtes.( À Dong Van). Un habitant de Bac Ha m’a expliqué qu’ils en mangeaient pour les grandes occasions seulement. Je me suis alors demandé si, sur les marchés, les chiens étaient vendus pour devenir un animal de compagnie ou pour être mangé, ou les deux ( je n’ai pas eu de réponse !). Etcomment cette limite était définie ?
    Pour ce qui est des animaux que la morale nous permet de manger ou non, je me suis posé la question et mon entourage ( en France) m’a souvent répondu que le problème dans le fait de manger tel ou tel animal résidait dans le degré d’intelligence de l’animal ( ex: cheval comparé à une poule!).cela m’a scié.( Sans jugement!) Voilà. Peut être suis-je hors sujet, mais votre article m’a fait pensé à tout cela. Cordialement.

    Aimé par 2 personnes

    1. Salut Onomanululu

      Merci pour ce précieux retour qui est un véritable témoignage de ce qu’il se passe dans la relation particulière chien/Asie.
      pour répondre à l’une de tes questions, il semblerait qu’il y ait différents « marchés de chiens », ceux qui sont domestiqués (chouchoutés et adorés) et ceux d’élevages qui seront mangés (un peu comme des poulets finalement) et entre les 2, il y a les chiens errants qui sont « semi-domestiqués » (ni trop mangés, ni trop aimés).

      Pour le prochain débat familial, il semblerait que le cochon soit bien plus intelligent que le chien et beaucoup plus proche de l’humain d’un point de vue biologique, ça permet d’avoir quelques arguments face à ce genre de réponses ! :p

      En tout cas, je vais suivre ton aventure asiatique avec plaisir.
      Encore merci pour ce retour, ça nourrit la réflexion. 😉

      Au plaisir.
      P.

      J'aime

    2. Tu soulèves une vraie question. Ce n’est pas une question d’intelligence mais de culture à mon sens. Je suis végane et je n’ai jamais mangé de viande, je suis aussi peinée de voir un chien, un lapin ou une vache se faire élever et tuer pour nous nourrir. Donc pas choquée plus que ça par les chiens qui tournent sur des broches au Vietnam, ou alors autant que par nos vitrines de bouchers … 🙂

      Aimé par 1 personne

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